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Dépendance affective et sexuelle : comprendre les mécanismes d'attachement excessif

  • jennifercoisnon
  • 12 janv.
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 janv.

Avez-vous l'impression de ne pas pouvoir vivre sans votre partenaire ?

Cherchez-vous dans la sexualité un moyen de vous rassurer ou de combler un vide émotionnel ?Acceptez-vous des relations qui ne vous conviennent pas, par peur d'être seul·e ?


Si ces situations résonnent en vous, vous êtes peut-être concerné·e par ce que l'on appelle la dépendance affective, parfois associée à une dépendance sexuelle.


La dépendance affective est un mécanisme relationnel qui pousse une personne à chercher à l'extérieur d'elle-même (dans le regard, la présence ou l'approbation de l'autre) ce qu'elle ne parvient pas à s'offrir intérieurement : une sécurité émotionnelle, une valeur personnelle, ou un sentiment d'existence.

Lorsque cette dépendance s'accompagne d'une composante sexuelle, la sexualité devient un moyen de se rassurer, de maintenir le lien, ou d'obtenir une validation affective.


Qu’est-ce que la dépendance affective et sexuelle ?

La dépendance affective se caractérise par un besoin excessif de la présence, de l'approbation et de la validation de l'autre pour se sentir en sécurité, pour exister émotionnellement, ou pour se sentir digne de valeur.

Ce n'est pas de l'amour. C'est une tentative de combler un manque affectif profond, souvent lié à des carences relationnelles précoces.


La personne dépendante affectivement :

  • a peur d'être seule,

  • fait passer les besoins de l'autre avant les siens, même au détriment de son bien-être,

  • tolère des relations toxiques ou insatisfaisantes par peur de la rupture,

  • s'adapte en permanence pour ne pas déplaire,

  • a besoin de réassurance constante sur la solidité du lien.


Lorsque la dépendance affective s'accompagne d'une dimension sexuelle, la sexualité n'est plus vécue comme un moment d'intimité partagée, mais comme :

  • un moyen de se rassurer sur l'attachement de l'autre,

  • une stratégie pour éviter l'abandon,

  • une recherche compulsive de validation affective,

  • un besoin de combler un vide émotionnel.


💡 Nuance importante : cette dimension peut prendre la forme d’une addiction sexuelle, c’est-à-dire la recherche répétée et compulsive d’expériences sexuelles pour apaiser une souffrance émotionnelle sous-jacente, souvent sans satisfaction durable. Il ne s’agit pas systématiquement d’une addiction au sens clinique.


Les causes profondes : entre manque affectif et besoin de reconnaissance

La dépendance affective et sexuelle se construit généralement au cours de l'enfance ou de l'adolescence, dans un contexte relationnel insécurisant.


Elle peut être liée à :

  • des carences affectives précoces (négligence émotionnelle, manque de présence parentale),

  • un attachement insécure (relation parentale imprévisible, conditionnelle ou distante),

  • des messages dévalorisants répétés ("Tu ne vaux rien", "Tu es de trop"),

  • des expériences d'abandon, de rejet ou de maltraitance,

  • un environnement familial où l'amour était conditionné à la performance ou au comportement.


Il ne s'agit pas nécessairement d'événements traumatiques isolés, mais parfois d'une accumulation de micro-blessures relationnelles.


L'enfant en vient alors à intérioriser l'idée que :

  • il n'a de valeur que s'il est utile, aimé ou désiré par l'autre,

  • il doit se plier aux attentes d'autrui pour mériter l'affection,

  • être seul·e équivaut à être abandonné·e ou rejeté·e.

Pont avec le schéma de rejet : dans de nombreux cas, la dépendance affective s’inscrit dans le prolongement d’un schéma de rejet, où la peur d’être abandonné·e devient centrale dans les relations.

À l'âge adulte, ces croyances se traduisent par :

- un besoin excessif de validation externe,

- une difficulté à exister en dehors du regard de l'autre,

- une peur constante de la séparation ou du rejet,

- une incapacité à se sentir en sécurité émotionnelle sans la présence de l'autre.


Lorsque la dimension sexuelle est présente, la sexualité devient un moyen:

- de maintenir le lien (peur que l'autre parte si la sexualité n'est pas présente),

- de se sentir désiré·e (la sexualité devient une preuve d'amour ou de valeur),

- Ou de combler un vide émotionnel (la recherche de sensations physiques pour éviter la souffrance psychique).


Les signes qui doivent alerter

À l'âge adulte, la dépendance affective et sexuelle peut se traduire par plusieurs manifestations :

1. Besoin constant de la présence de l'autre

  • Vous ne supportez pas d'être seul·e.

  • Quelques heures sans contact avec votre partenaire génèrent de l'angoisse.

  • Vous avez besoin de sa présence physique ou virtuelle pour vous sentir en sécurité.

  • Vous vous sentez vide, perdu·e ou anxieux·se en son absence.


2. Peur de l'abandon

  • Vous anticipez constamment la fin de la relation, même quand tout va bien.

  • Vous interprétez chaque silence, chaque changement de comportement comme un signe de rupture imminente.

  • Cette peur vous pousse à accepter des situations qui ne vous conviennent pas.


3. Effacement de vos propres besoins

  • Vous mettez systématiquement les besoins de l'autre avant les vôtres.

  • Vous dites oui alors que vous pensez non.

  • Vous vous adaptez en permanence pour ne pas déplaire.

  • Vous ne savez plus qui vous êtes en dehors de cette relation.


4. Relations toxiques ou répétitives

  • Vous attirez ou êtes attiré·e par des personnes indisponibles émotionnellement, distantes ou ambivalentes.

  • Vous restez dans des relations insatisfaisantes ou destructrices par peur d'être seul·e.

  • Vous répétez les mêmes schémas relationnels sans parvenir à en sortir.


5. Usage de la sexualité pour combler ou maintenir

  • Vous utilisez la sexualité pour :

    • vous rassurer sur l'attachement de l'autre,

    • éviter une discussion difficile ou un conflit,

    • maintenir le lien par peur que l'autre parte,

    • combler un vide émotionnel ou une anxiété.

  • La sexualité n'est plus un moment de partage, mais un outil relationnel ou un moyen d'apaiser une souffrance.


6. Recherche compulsive de validation

  • Vous avez besoin de réassurance constante.

  • Vous scrutez en permanence les comportements de l'autre à la recherche de preuves d'amour.

  • Un message plus court ou un silence prolongé déclenche une anxiété intense.


7. Difficulté à être seul·e

  • Vous passez d'une relation à une autre.

  • Vous avez l'impression de ne pas exister en dehors d'une relation.

  • Être seul·e génère un sentiment de vide, d'angoisse ou de dévalorisation.

Ces mécanismes s’accompagnent souvent de ruminations, émotions intenses, troubles du sommeil et sentiment de culpabilité ou de honte.


Les conséquences sur la vie émotionnelle et relationnelle

Vie amoureuse :

  • Difficulté à construire des relations stables et équilibrées

  • Tolérance de relations toxiques ou insatisfaisantes

  • Surinvestissement émotionnel qui épuise

  • Jalousie excessive et besoin de contrôle

  • Sabotage relationnel par peur d'être abandonné·e


Estime de soi :

  • Sentiment de ne pas avoir de valeur en dehors de la relation

  • Difficulté à reconnaître ses qualités propres

  • Auto-critique excessive et sentiment de honte

  • Besoin constant de validation externe pour se sentir digne


Vie sexuelle :

  • Sexualité déconnectée du désir authentique

  • Utilisation de la sexualité comme moyen de réassurance

  • Difficulté à dire non ou à poser des limites

  • Sentiment de vide ou d'insatisfaction après les rapports

  • Comportements sexuels compulsifs ou impulsifs


Vie sociale :

  • Isolement progressif (la relation devient exclusive)

  • Perte de contacts amicaux ou familiaux

  • Difficulté à maintenir une identité propre en dehors de la relation


Santé mentale :

  • Anxiété chronique liée à la peur de l'abandon

  • Symptômes dépressifs en cas de rupture ou de distance

  • Épuisement émotionnel

  • Troubles du sommeil et ruminations


Les approches thérapeutiques pour s'en libérer et retrouver l'autonomie affective

L'apport des TCC

Les thérapies cognitivo-comportementales permettent de :

  • Identifier les schémas relationnels et les croyances sous-jacentes

  • Comprendre les origines de ces mécanismes (carences affectives, attachement insécure)

  • Repérer les pensées automatiques qui entretiennent la dépendance

  • Apprendre à réguler les émotions intenses (peur de l'abandon, vide émotionnel)

  • Modifier progressivement les comportements qui maintiennent la dépendance

  • Développer une sécurité intérieure et une autonomie affective

  • Construire une relation plus saine à soi-même et aux autres


L'apport de l'EMDR

Lorsque la dépendance affective est liée à des expériences précoces de carence, de rejet ou d'abandon, l'EMDR permet de retraiter les souvenirs à l'origine de cette blessure.

Le retraitement favorise :

  • Une diminution de la charge émotionnelle associée aux souvenirs douloureux

  • Une meilleure intégration des expériences passées

  • Une désactivation progressive des mécanismes de dépendance


L'EMDR permet au cerveau de reconnaître que la situation de carence ou d'abandon appartient au passé et qu'elle ne définit pas la valeur de la personne ni ses relations actuelles.



Conclusion

Le travail thérapeutique vise à :

  • Reconstruire une sécurité intérieure qui ne dépend plus du regard de l'autre

  • Apprendre à identifier et exprimer ses besoins propres

  • Développer une capacité à être seul·e sans se sentir vide

  • Construire des relations basées sur le choix et non sur le besoin

  • Se reconnecter à ses désirs authentiques, y compris dans la sexualité


La dépendance affective et sexuelle est une adaptation relationnelle construite dans un contexte de manque affectif ou d’insécurité précoce.


Un accompagnement psychologique adapté permet de mieux comprendre ces mécanismes, d’en atténuer les effets et de retrouver une autonomie affective et une sécurité émotionnelle.


Vous vous reconnaissez dans ce fonctionnement ?

Psychologue spécialisée en TCC et EMDR, j’accompagne les personnes présentant une dépendance affective, une anxiété relationnelle ou des difficultés d’attachement en téléconsultation, dans toute la France.





FAQ – Questions fréquentes sur la dépendance affective et sexuelle


La dépendance affective, c'est la même chose que l'amour ?

Non. L'amour est un choix libre, basé sur l'appréciation de l'autre et le désir de partager.

La dépendance affective est un besoin : vous ne pouvez pas vivre sans l'autre, non par amour, mais par peur du vide ou de l'abandon.

L'amour permet de grandir. La dépendance affective étouffe.


Peut-on "guérir" de la dépendance affective ?

On ne parle pas de "guérison" mais de transformation.

La dépendance affective peut se désactiver progressivement. Vous apprenez à construire une sécurité intérieure, à exister par vous-même, et à créer des relations saines. Ce n'est pas instantané, mais c'est possible.


Comment savoir si j'ai une dépendance affective ou si je suis juste amoureux·se ?

Si vous ressentez :

  • Un vide insupportable en l'absence de l'autre

  • Une anxiété constante liée à la peur de l'abandon

  • Une difficulté à exister en dehors de la relation

  • Un effacement systématique de vos besoins

Il ne s'agit probablement pas seulement d'amour, mais d'une forme de dépendance affective.


La dépendance sexuelle, c'est la même chose que l'addiction sexuelle ?

Ces termes sont souvent utilisés de façon interchangeable, mais il existe une nuance. La dépendance sexuelle est souvent liée à une recherche de réassurance affective ou de validation à travers la sexualité. L'addiction sexuelle est une compulsion où la recherche de sensations sexuelles devient incontrôlable, au détriment du bien-être et du fonctionnement quotidien.


Peut-on travailler sur la dépendance affective en téléconsultation ?

Oui, absolument. La téléconsultation est tout aussi efficace que le présentiel pour ce type de travail thérapeutique. Les TCC et l'EMDR se pratiquent très bien en visio.


Mon partenaire est dépendant affectif, comment l'aider ?

Vous ne pouvez pas "réparer" la dépendance affective de votre partenaire. C'est un travail thérapeutique qu'il doit faire lui-même.

Ce que vous pouvez faire :

  • Encourager la thérapie

  • Maintenir vos propres limites (ne vous sacrifiez pas)

  • Prendre soin de vous


La dépendance affective peut-elle coexister avec le schéma de rejet ?

Oui, absolument. Le schéma de rejet et la dépendance affective sont souvent liés. Le schéma de rejet est la croyance profonde ("Je vais être rejeté·e"), et la dépendance affective est souvent un comportement qui découle de cette croyance (chercher la sécurité dans l'autre pour éviter le rejet).

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