Le schéma de rejet : une blessure relationnelle aux conséquences durables
- jennifercoisnon
- 17 déc. 2025
- 6 min de lecture
Avez-vous souvent besoin d’être rassuré·e dans vos relations ?
Craignez-vous d’être abandonné·e au moindre silence ?
Analysez-vous chaque message, chaque comportement, à la recherche de signes inquiétants ?
Si ces situations vous parlent, il est possible que vous soyez concerné·e par ce que l’on appelle le schéma de rejet.
Le schéma de rejet est un mécanisme psychologique profond, souvent inconscient, qui influence fortement la manière dont une personne se perçoit et entre en relation avec les autres. Il peut générer une souffrance importante, notamment dans les relations affectives, et s’accompagner d’anxiété, d’hypervigilance et d’un sentiment d’insécurité relationnelle.
La bonne nouvelle est que ce schéma n’est pas une fatalité : il peut être compris, travaillé et progressivement transformé, notamment grâce aux thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et à l’EMDR.
Qu’est-ce que le schéma de rejet ?
Le schéma de rejet se caractérise par une conviction profonde selon laquelle la personne va être rejetée, abandonnée ou exclue par les figures importantes de sa vie.
Cette conviction peut prendre la forme de pensées telles que :
« Je ne mérite pas d’être aimé·e »,
« Je suis de trop »,
« Si l’on me connaît vraiment, on finira par me rejeter ».
Même lorsque ces pensées ne sont pas rationnellement fondées, elles s’imposent sur le plan émotionnel et influencent les comportements relationnels.
Le schéma de rejet a un impact significatif sur l’estime de soi, la régulation émotionnelle et la qualité des relations, en particulier dans le couple.
Les origines du schéma de rejet
Le schéma de rejet se construit généralement au cours de l’enfance ou de l’adolescence, dans un contexte relationnel insécurisant. Il peut être lié à :
des expériences d’abandon réelles ou symboliques,
une négligence émotionnelle,
des messages dévalorisants répétés,
des situations de violence ou de maltraitance,
des relations d’attachement insécures avec les figures parentales.
Il ne s’agit pas nécessairement d’événements traumatiques isolés, mais parfois d’une accumulation de micro-blessures relationnelles. L’enfant en vient alors à intérioriser l’idée que le rejet est inévitable et qu’il est conditionné à sa propre valeur.
Les manifestations à l’âge adulte
À l’âge adulte, le schéma de rejet peut se traduire par :
Un besoin fréquent de réassurance: vous avez besoin que l'autre vous confirme régulièrement qu'il vous aime, qu'il ne va pas partir, que tout va bien.
Un silence de quelques heures ? Vous commencez à angoisser.
Un message plus court que d'habitude ? Vous vous demandez si quelque chose ne va pas.
Ce besoin de réassurance est épuisant pour vous et pour l'autre, mais vous ne pouvez pas vous en empêcher.
L'hypervigilance relationnelle: vous analysez en permanence le comportement de l'autre, à la recherche de signes de désintérêt, de froideur ou de distance.
Vous interprétez chaque détail : "Il a mis plus de temps à répondre, c'est qu'il ne m'aime plus"
"Elle n'a pas souri en me disant bonjour, elle va me quitter"
"Il a oublié ce détail, je ne compte pas pour lui"
Cette hypervigilance vous maintient dans un état d'alerte constant et anxieux.
La peur de l'abandon: la peur d'être abandonné·e domine votre vie relationnelle. Vous anticipez constamment la fin de la relation, même quand tout va bien. Vous vous préparez mentalement au pire pour ne pas être surpris·e. Cette peur peut vous pousser à : Vous accrocher à des relations toxiques ou insatisfaisantes (par peur d'être seul·e) Saboter les relations saines (pour partir avant d'être abandonné·e) Éviter les relations intimes (pour ne pas risquer de souffrir)
La difficulté à exprimer vos besoins/vos limites: vous avez du mal à montrer qui vous êtes vraiment. Vous vous adaptez en permanence aux attentes de l'autre, vous effacez vos propres besoins, vous dites oui alors que vous pensez non.
Pourquoi ? Parce que vous croyez que si vous vous montrez tel·le que vous êtes, vous allez être rejeté·e.
Les relations qui se répètent: vous attirez ou vous êtes attiré·e par des personnes indisponibles émotionnellement, distantes ou ambivalentes.
Pourquoi ? Parce que ces personnes confirment votre schéma de rejet. Votre cerveau cherche inconsciemment à recréer les conditions de votre blessure d'origine, dans une tentative (vouée à l'échec) de la réparer.
La dépendance affective: vous avez du mal à être seul·e. Vous avez besoin de l'autre pour vous sentir en sécurité, pour valider votre valeur, pour exister. Quand vous êtes en couple, vous vous fondez dans l'autre. Quand vous êtes seul·e, vous vous sentez vide. Cette dépendance n'est pas de l'amour. C'est une tentative désespérée de combler le vide laissé par le schéma de rejet.
Ces mécanismes s’accompagnent souvent de ruminations, d’émotions intenses, de troubles du sommeil et d’un sentiment de culpabilité ou de honte.
Les conséquences du schéma de rejet
Le schéma de rejet peut affecter :
La vie amoureuse : difficulté à construire des relations stables et saines, sabotage relationnel, dépendance affective, peur de l'engagement (pour ne pas risquer l'abandon), ou surinvestissement (pour éviter l'abandon)
L’estime de soi: sentiment de ne pas être digne d'amour, difficulté à reconnaître sa valeur, auto-critique excessive, honte profonde et comparaison permanente avec les autres.
La vie sociale: difficulté à créer des liens amicaux profonds, peur du jugement, isolement social (pour éviter le rejet), ou hyperadaptation sociale (pour plaire à tout le monde).
La vie professionnelle: difficulté à s'affirmer, peur du conflit, syndrome de l'imposteur, besoin de validation externe constant.
La santé mentale : anxiété, troubles du sommeil, ruminations et épuisement émotionnel.
L'apport des TCC
Les thérapies cognitivo-comportementales, et en particulier le travail sur les schémas, permettent de :
identifier le schéma de rejet et comprendre son origine,
faire la différence entre le passé et le présent,
repérer les pensées automatiques liées au rejet,
apprendre à réguler les émotions intenses qu’il déclenche,
modifier progressivement les comportements qui entretiennent la souffrance,
construire une relation plus sécurisante à soi-même et aux autres.
L’objectif n’est pas d’effacer le passé, mais d’aider le cerveau à sortir d’un mode de fonctionnement devenu inadapté, pour retrouver plus de sécurité intérieure et relationnelle.
L'apport de l’EMDR
Lorsque le schéma de rejet est lié à des expériences précoces chargées émotionnellement, l’EMDR permet de retraiter les souvenirs à l’origine de cette blessure. En savoir plus sur l'EMDR
Le retraitement favorise une diminution de la charge émotionnelle associée aux souvenirs de rejet, d’abandon ou de négligence, ce qui contribue à la désactivation progressive du schéma.
Conclusion
Le schéma de rejet est une adaptation ancienne, construite dans un contexte relationnel donné.
Il ne définit ni la valeur de la personne, ni son avenir relationnel.
Un accompagnement thérapeutique adapté permet de mieux comprendre ce fonctionnement, d’en atténuer les effets et de retrouver davantage de sécurité émotionnelle et relationnelle.
Vous vous reconnaissez dans ce fonctionnement ?
Psychologue spécialisée en TCC et EMDR, j’accompagne les personnes présentant une anxiété relationnelle, une peur du rejet ou une dépendance affective en téléconsultation, dans toute la France.
FAQ - Questions fréquentes sur le schéma de rejet
Le schéma de rejet, c'est la même chose que la dépendance affective ?
Pas exactement. La dépendance affective est souvent une conséquence du schéma de rejet, mais ce ne sont pas des synonymes. Le schéma de rejet est la croyance profonde ("Je vais être rejeté·e"). La dépendance affective est un comportement qui découle de cette croyance (chercher la sécurité dans l'autre).
Peut-on "guérir" du schéma de rejet ?
On ne parle pas vraiment de "guérison" mais plutôt de transformation. Le schéma de rejet ne disparaît pas totalement, mais il se désactive.
Vous apprenez à le reconnaître, à ne plus le laisser diriger vos choix, et à construire une sécurité intérieure.
Peut-on travailler sur le schéma de rejet en téléconsultation ?
Oui, absolument. La téléconsultation est tout aussi efficace que le présentiel pour ce type de travail thérapeutique. L'EMDR se pratique très bien en visio et les TCC également.
Est-ce que tout le monde peut avoir un schéma de rejet ?
Tout le monde peut avoir des moments de peur du rejet, mais tout le monde n'a pas un schéma de rejet. Le schéma de rejet est présent quand cette peur est chronique, intense et envahissante, et qu'elle impacte significativement votre vie relationnelle.
Mon partenaire a un schéma de rejet, comment l'aider ?
Vous ne pouvez pas "réparer" le schéma de rejet de votre partenaire. C'est un travail thérapeutique qu'il doit faire lui-même. Ce que vous pouvez faire :
Encourager la thérapie
Prendre soin de vous (ne vous sacrifiez pas)

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